Entre discours et causerie : un dialogue s’impose dans l’aide au développement

Le premier chapitre du livre Small change paru en 2004, intitulé « Street work and dev-talk : who controls the truth? », entreprend de faire une mise en scène exhaustive du milieu où l’aide au développement international se produit. L’auteur, Nabeel Hamdi, architecte enseignant à Oxford et figure importante dans le domaine de la participation active en planification urbaine, nous guide à travers les espaces urbains surpeuplés et improvisés qui offrent un fort contraste avec le laboratoire stérile où germent les idées. Il débute avec un portrait onusien typiquement alarmiste d’une ville du Sud pour ensuite nous emmener à travers ses rues grouillantes, pour suivre les travailleurs dans leurs tâches quotidiennes jusqu’à pénétrer dans leur espace de vie, et finalement grimper sur le toit d’un immeuble populaire pour y voir émerger un établissement informel. De là, on s’élève encore pour observer la nation dans son rapport économique au monde, principalement avec les pays riches qui la soutiennent financièrement. Mais au bénéfice de qui et avec quelles conséquences humaines et environnementales ? On remonte l’échelle jusque dans la sphère de l’abstrait, où les chercheurs s’évertuent à contempler des questions sans réponses tandis que leurs homologues du privé se contraignent à trouver des solutions à des problèmes qui n’existent pas. À travers ce parcours, les vieux paradigmes font place aux nouveaux : plus tôt, la population devait suivre les plans, maintenant on s’accorde sur la valeur d’un rapport d’ « interdépendance, et non de dépendance ».

À travers son texte, l’auteur fait ressortir des arguments éloquents. D’abord, les subventions accordées aux pays pauvres seraient un outil de croissance économique pour les pays riches, car, en plus de renflouer leurs dettes par les taxes et intérêts perçus, elles ont pour effet de réduire les prix de la matière brute sur le marché mondial. L’exportation n’est donc pas une activité rentable pour les pays pauvres : 40% de la population planétaire ne reçoivent que 3% des revenus du commerce mondial. L’auteur ajoute que l’aide au développement, encouragé par le nombre astronomique d’organismes internationaux, a pour objectif réel de maintenir l’écart entre les riches et les pauvres, et non de le diminuer, pour conserver la structure sociale qui est basée sur cette différenciation. L’argument économique empiète même sur la neutralité des académiciens, qui doivent souvent adopter la vision de leur bailleur de fonds. La vérité fait place à l’opportunité : « When there is innovation, it is driven by management not ideology ». Les praticiens de l’urbain travaillent quant à eux dans une situation où plusieurs intérêts se disputent et doivent adopter un « répertoire de défenses » pour faire face aux attaques, qui déverse souvent dans la l’abstraction et la confusion.

En somme, le texte est une synthèse informative sur les acteurs impliqués par les interventions urbaines en pays émergents et leurs motivations propres. Reflétant sa position en pratique du développement urbain, Hamdi débute et termine son exposé par le bas, le terrain où « l’intelligence des villes réside » et qui contient à la fois les questions et les réponses. Cette structure narrative nous permet de saisir le décalage qui existe entre le discours des ONG et les transactions quotidiennes du milieu touché. L’auteur laisse entendre que l’organisation humaine dans les villes émergentes est un exemple d’inventivité et de méthode entrepreneuriale. En observant les travailleurs de rue et les résidents des bidonvilles, on est en mesure de poser les vraies questions : qu’est-ce qui appartient à qui, qui gère quoi, lequel pourrait devenir partenaire de qui? C’est en interrogeant l’organisation informelle au cœur de la structure urbaine que nous pourrions alors donner à la population des villes en développement ce dont elle a vraiment besoin.

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