Les idées traversent-elles les frontières?

Le quatorzième chapitre du livre Crossing Borders : International Exchange and Planning Practices paru en 2010 est écrit par John Friedmann, professeur émérite considéré par ses pairs comme figure marquante dans la théorie du développement international. En réponse à la question qui titre le chapitre : « Do planning ideas travel? », il semblerait que oui, mais si l’on s’en tient aux deux efforts infructueux de transplantation d’idées rapportés par l’auteur, les idées ne prennent pas nécessairement racine. Alors qu’il aborde le thème du transfert d’idées en planification urbaine, l’auteur nous met en garde contre la présomption d’universalité entretenue envers les pratiques. La longue expérience de Friedman est mise en évidence puisqu’il est le point commun entre deux événements séparés par 40 années d’écart et un océan, le Chili des années 1960 et la Chine actuelle. L’idée transplantée était celle d’une méthode de planification occidentale, régionale pour l’un et participative pour l’autre, dans un pays en restructuration politique. Je me concentrerai sur le cas de la Chine, qui selon moi illustre de façon claire la thèse proposée par l’auteur et celle de Sorensen qu’il cite en conclusion : le contexte doit offrir les conditions favorables pour que l’idée s’implante, et le cas échéant, certains éléments-clés sont souvent perdus, modifiant l’impact qui lui était originalement pressenti. Cette observation est pertinente lorsque la traduction entre deux cultures ne peut se faire de façon directe, puisque les concepts occidentaux ne trouvent pas d’écho dans l’imaginaire chinois.

L’histoire débute en 2007. Alors que l’auteur occupe le poste de conseiller auprès de la CAUPD (China Academy of Urban Planning and Design), il essaie de faire adopter la méthode du community planning en Chine qui permettrait à des centaines de millions de citoyens de faire entendre leurs opinions sur une intervention urbaine les concernant.  En observant l’organisation sociale des shequ, ces zones résidentielles qui se furent attribué un comité d’administration par le parti communiste dans la peur de voir la forte croissance urbaine générer un chaos social incontrôlable, Friedmann percevait un contexte favorable à l’adoption d’une approche participative. La réception fut plutôt tiède. Les idées, explique Friedmann, ne répondent pas aux priorités actuelles ni aux traditions passées qui ne sont pas ancrées dans la démocratie. L’introduction d’une tierce personne dans la structure administrative et l’instauration d’un curriculum universitaire permettant sa formation sont aussi cause d’obstacle. La planification régionale et municipale tombe dans deux créneaux distincts, soit la géographie et la construction, qui s’arrête de plus au niveau du district et non du voisinage. Cette idée sera oubliée, puisqu’elle tombe entre les failles laissées par les conjonctures qui ne se croisent pas, tant au niveau de l’enseignement que de la gestion urbaine.

En conclusion, je pousserais la réflexion plus loin, à savoir si l’ancrage d’une idée étrangère serait réellement bénéfique à un contexte donné. Pourrions-nous imaginer le pays le plus peuplé au monde, où les villes millionnaires sont une chose commune, si chacun aurait droit de parole sur la transformation du territoire commun? Le contrôle par le haut, qui a persisté pendant des millénaires, n’est-il pas resté parce qu’il fonctionne bien dans ce contexte? Étant donné la situation urbaine en forte mutation, on peut comprendre la réticence du gouvernement à modifier ses méthodes d’intervention. Des événements récents ont montré que des mouvements de résistance populaires se créent et que le pouvoir public se plie, mais les avancées restent graduelles. À défaut de convaincre la Chine, le porteur d’idées pourrait ramener quelque chose avec lui, comme il fut le cas dans l’expérience au Chili, et à travers cette diffusion à double sens nous aurions peut-être une meilleure compréhension et acceptation de la planification urbaine chinoise.

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Urbanisme topiaire

Ou l’art de tailler le récit de la ville

Compte rendu critique du Livre : Deux capitales françaises : Saint-Pétersbourg et Washington, d’André Corboz.

Un titre déconcertant: « Deux capitales françaises : Saint-Pétersbourg et Washington» pour un petit livre d’une centaine de pages, vite consumées. L’auteur, André Corboz, semble avoir usé de toutes les astuces pour engager le lecteur. Ce qu’il professe : un retour sur l’origine de deux villes planifiées, Saint-Pétersbourg, par l’architecte Jean-Baptiste Alexandre Le Blond, et Washington, par Pierre-Charles L’Enfant. L’inspiration des parcs et des jardins pour « distribuer » les villes ne serait pas unique à Ebenezer Howard et à ses cités-jardins de la fin du XIXe siècle. Deux architectes français du XVIIIe siècle auraient, eux aussi et de façon tout aussi innovante, utilisé cet emprunt à la nature pour la planification de deux capitales; mais curieusement sans recevoir la même appréciation. Cause probable, le projet de 1717 de Le Blond n’a jamais vu le jour, et le plan de 1791 de L’Enfant fut réduit à une imitation de Versailles.

Ces villes « françaises » sont interrogées par un Suisse. Né en 1928, André Corboz s’improvise une carrière, guidée par la curiosité et la poésie. On ne s’étonnera pas qu’il passe d’études de droit à l’occupation de la chaire d’histoire de l’urbanisme à l’École polytechnique fédérale de Zurich. Un itinéraire qu’il définit lui-même de « sans dessein » : le grand éventail des sujets et des genres qui l’interpelle en témoigne[1]. Tous les sujets de recherche sont permis – que ce soit l’architecture, la ville, la peinture, d’une époque reculée ou récente – puisqu’il se spécialise dans les méthodes de questionnement des mémoires. Nomade intellectuel, ses champs d’intérêt et son parcours professionnel constituent une « nébuleuse en expansion », sans frontières ni territoire.

Dans ce présent ouvrage, publié en 2003, il met en lumière deux architectes et leur projet : Le Blond, architecte français, engagé par le tsar de Russie, Pierre le Grand, qui lui impose sa vision d’un paradis culturel pour sa nouvelle capitale; et L’Enfant, ingénieur franco-américain, qui en collaborant avec Thomas Jefferson et Georges Washington met en forme un symbole urbain de la nouvelle démocratie. L’auteur déchiffre les plans pour retracer les intentions des architectes, et met en relation des morceaux de publications, des tendances et des acteurs de l’époque, dans le but de révéler un rapport entre la nature, sous forme de jardin, de parc, ou de foret de chasse, et la ville.

Le récit parcoure la thématique de l’importation et de l’implantation de paradigmes dans la disposition d’une ville planifiée, forte d’une symbolique et d’une identité propre, par des architectes étrangers à la culture du pays, et déposée sur un terrain jusqu’alors hostile – un marécage pour l’un, des collines boisées pour l’autre – tout en tenant compte de la topographie.

L’intention

Compte tenu de la particularité historique de ces plans, l’auteur se désole qu’ils ne fussent pas l’objet de recherches plus approfondies. Le plan de Washington a été traité longuement mais de façon maladroite, et le projet de Le Blond, qui représente, selon l’auteur, un moment décisif dans l’évolution des conceptions urbaines, fut tout simplement ignoré. Le rôle des deux architectes fut fugace et leur talent incompris, même à l’époque. Pourtant, ils auraient été au fait du jour dans leur inspiration. En mettant à la lumière du jour la genèse de ces deux capitales, Corboz veut apporter une nouvelle perspective et nous révéler le caractère innovant de leur plan.

Sans le spécifier ouvertement, l’auteur tente d’établir, au moyen d’une étude comparative, des rapprochements entre ces deux villes pourtant séparées par deux continents, deux époques, et des systèmes politiques aux antipodes : la monarchie absolue du « tsar-soleil » qui tient sa capitale à l’œil et au geste, et une démocratie émergente dans la nouvelle république des États-Unis. Au départ, un point commun, qui a sans doute justifier le choix de ces deux cas d’étude : le fait qu’ils aient été conçus par des Français et une référence aux jardins. Bien que l’auteur s’éloigne de la présomption facile de reproduction du jardin de Versailles, la nature, taillée par la main de l’homme, reste au premier plan; mais la façon dont elle est traduite dans les tracés de la ville est quant à elle originale. On serait en présence d’une nouvelle interprétation de la tradition des jardins français. Dans les deux cas, l’idée de la nature n’est pas une donnée sacrée, mais permet de repenser la ville.

L’approche

L’auteur est l’initiateur de la notion de palimpseste appliquée à l’étude des villes : une succession des strates d’aménagement spatial conserverait les traces des temps disparus dans l’épaisseur du terrain. Il applique ce concept à sa recherche historique, revisitant d’anciens documents d’urbanisme délaissés, qui ont accumulé les poussières et les interprétations au fil du temps. Comme un archéologue, il leur apporte une considération attentive, et reconstitue les faits entourant l’objet. Il navigue entre les structures construites et leurs représentations symboliques dans des média variés.

Historien autodidacte dépourvu de préjugés académiques, Corboz se présente comme un journaliste qui restitue les faits dans leur contexte historique et social, sans jugement a priori, mettant en valeur le témoignage recueilli. Loin de l’historien académique donc, celui qui « efface la parole du témoin et lui substitue la sienne, un discours savant qui prétend, au nom de la raison, mieux rendre compte de l’expérience que le récit du témoin lui-même »[2]. Malgré la présence de mémoires écrites par Le Blond et de correspondances bien conservées pour L’Enfant, Corboz préfère consulter le plan : un document écrit comme le serait un texte, aussi bavard, mais trop peu interrogé.

La démarche

Son récit est raconté sans dorure. Sa prose est limpide et « dépourvue de coquetterie discursive », tel que le décrit Bruno Queysanne dans sa préface. Au lieu d’un discours historique, l’ouvrage de Corboz se présente comme l’histoire d’une enquête. Par son accessibilité, le récit s’adresse au néophyte comme à l’expert. Une brève introduction et conclusion clôture la démonstration. Les deux villes sont racontées en parallèle, sans faire suite l’une à l’autre. Le lecteur est libre de se balader à travers les chapitres : ceux-ci, coiffés d’un chiffre romain, englobe chacun une idée. Des images et des couleurs viennent illustrer les indices révélés au plan.

Il débute son analyse en exposant le contexte et les spécificités du site, les acteurs mis en scène, la fiabilité du plan. Il enchaine avec une synthèse des interprétations amenées par les différents chercheurs qui se sont penchés sur l’objet d’étude. À partir du quatrième chapitre, il repère les aspects énigmatiques du plan: l’irrégularité des trames pour Washington, la disposition des bâtiments autour des parcs pour Saint-Pétersbourg. Il scrute le contexte social dans le but de trouver un enchainement. Il se tourne vers les concours universitaires, les cartes de chasse du roi, les publications de l’époque, tâtonnant des sujets extérieurs à l’urbanisme et à l’architecture. Un traité d’art topiaire[3] intitulé : « La théorie et la pratique du jardinage », dont Le Blond aurait été l’auteur; des thèses de l’abbé Laugier rendues publiques à partir de 1753 et promulguant la pratique de l’irrégularité dans la planification urbaine, que L’Enfant aurait pu connaitre. Il revalide Versailles comme référence, mais cette fois prône une interprétation de la tradition des jardins français plutôt qu’un mimétisme.

Il retourne au plan et s’intéresse cette fois aux ilots. Une composition de la ville par compartiment, adoptée par les deux architectes, en expliquerait la morphologie. Que ce soit imposé par le pouvoir central ou fait librement, le phénomène de spatialisation par regroupement social (ethnie, religion ou métier) est une pratique qui remonte à la Rome antique. Pour Washington, c’était les ressortissants d’un même état qui devaient habiter ensemble. Pour la capitale russe, une population composée des différentes ethnies du territoire nécessitait une ghettoïsation. Une fois de plus, l’art du jardinage se trouve au cœur de la disposition de la ville : on regroupe les différentes populations en lot, comme on classe les plantes en parterre.

La matérialisation du pouvoir politique en formes urbaines occupe un chapitre. L’astre solaire et le cosmos se retrouve tant dans la démocratie que dans la monarchie. Les avenues radiales émanant de chacun des pouvoirs du gouvernement de la république pour Washington, et pour le « tsar-soleil », un plan-forteresse en forme d’ellipse et des canaux en croix prenant leur source au centre du palais royal. Le quartier royal, en son plan carré cantonné de quatre clochers d’église, auraient un fondement qui remonte jusque dans la culture moghole.

La critique

L’auteur respecte la forme accessible du discours du début à la fin. Sa narration est fluide, car non figée dans un académisme classique; succinct, puisqu’il ne se perd pas dans des réflexions secondaires. Il est facile de suivre l’auteur tout au long de son résonnement : les biographies sont sommaires, les énumérations condensées; les idées ne s’empêtrent pas dans les formalités du discours scientifique. L’histoire est autant un voyage qu’une arrivée, une approche qu’un résultat[4].

Un paragraphe en page 70 résume la leçon maîtresse de l’œuvre entière. L’auteur explique sa méthode et son approche de la façon suivante: « […] il ne suffit pas d’identifier un antécédent pour en conclure qu’il constitue un précédent ». Il est commode de lier une proposition à une autre en se basant sur la proximité des événements dans le temps, sans pousser plus loin la recherche d’évidences solides. L’auteur ne tombe pas dans le piège de la preuve par présomption : une opinion fondée seulement sur des indices, des apparences. En reprenant les termes de Bronislaw Baczko, il nous prévient de ne pas confondre « isomorphisme » et « influence » : deux structures, deux formes indépendantes peuvent s’apparenter car elles résultent d’un même type de relations combinatoires; et non par la réaction de l’une à un phénomène voisin. Par exemple, André Le Nôtre, mort en 1700, aurait été en contact avec l’un des architectes (Le Blond) et servit de modèle à l’autre (L’Enfant), qui vécut à Versailles. Mais Corboz ne s’arrête pas à cette évidence pour établir un lien:

Le parallèle entre Washington et Versailles résulte d’une analyse purement formaliste suivie d’une association libre au sens de la psychanalyse : il en reste en effet à en expliquer la raison.

Une corrélation tout à fait surprenante surgit de cette manière pour Saint-Pétersbourg : la mise en parallèle de la répartition rationnelle des activités et d’un traité de police de 1710. En plaçant les bâtiments considérés comme sources d’épidémie – hôpital, abattoir, cimetière – hors de l’enceinte de la ville, Le Blond aurait appliqué à son plan les principes de l’hygiénisme, 50 ans avant son temps. Corboz peut ainsi porter haut et fort le caractère innovant du projet.

La variété des sources consultées apporte des trouvailles inattendues. Bien qu’il soit difficile de proclamer une certitude entre les liens, l’agencement harmonieux des faits apporte une crédibilité et une gratification intellectuelle, une synchronicité[5], que peuvent apprécier le lecteur comme le chercheur. L’auteur emprunte la méthode décrite par Foucault : le chercheur déconstruit son matériel à son gré, et procède à une reconstruction en vue de répondre à son questionnement. Son approche renforce les significations, ouvre des portes, libère la pensée. Elle permet un voyage en dehors du cadre de l’étiquette « versaillaises » trop facilement attribuable. L’imagination du chercheur est constamment interpelée pour rechercher des combinaisons, sans déverser dans la fiction. La narration doit rester crédible. Une description de son interprétation de la forme du quartier royal du tsar en est l’exemple:

On comprend alors que les axes des canaux centrés sur le palais, les diagonales et les quatre piliers ne constituent rien de moins qu’un cosmogramme, répondant aux ambitions de Pierre le Grand. Dans ces conditions, ce schéma revêtait une signification bien plus forte que ne l’aurait fait une perspective à la versaillaise ouverte sur la Baltique.

Conclusion

Avec son ouvrage, l’auteur nous prouve que les villes planifiées des siècles passés possèdent la même complexité que celles d’aujourd’hui, si l’on s’efforce de creuser la signification au-delà de la couche superficielle. Ces « cités-jardins » méritent donc leur place dans le discours moderne des méthodes de penser la ville nouvelle. Les recherches historiques de Corboz parcourent des thèmes variés, qui vont bien au-delà des jardins : l’astronomie, l’hygiène, le fonctionnalisme, la politique; il crée des relations avec des sujets hors du commun : l’art islamique, la nature ludique, et même les forces de l’ordre…

Comme un jardinier, l’auteur présente une attirance pour l’ordre, les grands axes entre les idées, la réorganisation et l’agencement d’espèces similaires. Une légère irrégularité dans la disposition du récit est prévue pour éviter la monotonie et nous réserver des surprises au bout de chacune des avenues, des convergences imprévues.


[1] Voir la préface de Sébastien Marot dans Corboz, A. (2001). Le territoire comme palimpseste et autres essais. Besançon, Éditions de l’Imprimeur.

[2] Fourquet, F. (2004) dans Murard, L., et al. La naissance des villes nouvelles : anatomie d’une décision, 1961-1969. Paris, Presses de l’École nationale des ponts et chaussées, p.21.

[3] Se dit de l’art de tailler les arbres et les arbustes pour obtenir des formes variées, géométriques ou autres (Encyclopédie Larousse).

[4] Wang, D. (2002) « Interpretive-historical research », dans Groat, L. N. dir., Architectural research methods. New York, J. Wiley & Sons, p. 135-171.

[5] Synchronicité : le moment ou une sommes d’idées ou de pensées s’unissent pour former une explication; lorsqu’un lien s’établit entre les faits et que la lumière jaillit. Voir Cellard, A. (1997) « L’analyse documentaire », dans Poupart, J. et al. La recherche qualitative : enjeux épistémologiques et méthodologiques.  Boucherville, Gaétan Morin éditeur, p.261.

 

La gouvernance comme architecte des grands projets urbains

Le cas des Bassins du Havre de Montréal

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Carte historique de Montréal montrant les quatres bassins accessibles par le canal Lachine entre 1853-1883 (Pinsonneault, 1907).

 

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Plan directeur final des bassins du Havre, suivant les recommandations de l’OCPM et approuvé par la ville de Montréal en 2008.

 

La gouvernance est aujourd’hui un terme fourre-tout qui a perdu au cours du temps ce qu’il avait de précis en voulant tout englober. Usé par les discours, il est devenu un mot banal du langage courant, dépourvu de signes distinctifs. Il semble essentiel de ne pas laisser ce terme nous échapper dans les méandres de son abstraction, car les actions politiques qui agissent sous sa coupole sont bien réelles et méritent d’avoir un lexique lapidaire à la hauteur de leurs répercussions.

Car effectivement ces répercussions peuvent être majeures, surtout lorsqu’elles modifient le paysage urbain. Le cas d’un grand projet immobilier sur un terrain en friche en est un exemple concret. Même si la transformation urbaine est localisée, l’ampleur des possibilités que peut offrir la revalorisation d’un site provoque la convoitise de plusieurs. La Ville, maintenant autonome dans ses responsabilités et dans sa gestion financière, peut être tentée de laisser aux promoteurs privés l’entreprise de la construction de bâtiments de haut calibre. La menace vient du fait que ces constructions lucratives profitent souvent à la classe des biens nantis au détriment de la classe défavorisée. D’autant plus que l’esthétisme du cadre bâti, la porosité du tissu urbain, le confort de l’échelle humaine et les espaces publics sont des aspects souvent négligés. Il est donc important de faire valoir les besoins des citoyens et la qualité architecturale par l’entremise d’associations communautaires et des spécialistes de l’art de bâtir.

Ce présent travail tente d’exemplifier la théorie de la gouvernance urbaine à travers un cas précis de grand projet immobilier montréalais: les bassins du havre, à l’intérieur du district en transformation de Griffintown. L’objectif est de démontrer l’efficacité et les limites du processus de gouvernance municipale pour en comprendre la signification et l’importance.

Retour sur la notion de gouvernance

L’Organisation des Nations Unies,  dans le rapport de la commission sur la gouvernance mondiale de 1995, définit la gouvernance comme l’« ensemble des différents processus et méthodes à travers lesquels les individus et les institutions, publiques et privées, gèrent leurs affaires communes.» L’utilisation des termes individu et privée renvoie au néolibéralisme et à l’économie capitaliste, tandis qu’institutions et publiques concernent le pouvoir politique et le contrôle régulateur sur la collectivité. Cette définition demeure vague, quasi utopique et combien de fois réitérée, sans jamais avancer quelque chose de tangible. L’économie, le politique et le bien commun, cette tripartite engagée dans une ronde éternelle. Il faut aller fouiller plus loin pour sortir de cette fatalité.

Le sol urbain appartient à la ville, et la ville à ses habitants. Il faut donc reconsidérer le cadre du pouvoir des particuliers qui «possèdent» une partie de ce bien commun, ce qui renvoie à l’acte politique de la nationalisation des sols comme solution : le sol appartient à l’état, qui le gère de façon à promouvoir le bien-être collectif au détriment des classes dominantes, limitant ainsi le pouvoir des propriétaires. Historiquement, le concept d’urban governance, introduit par les politologues anglais, fait suite aux réformes imposées par le gouvernement Thatcher de 1979, voulant mettre un terme au socialisme municipal.

Casteigts parle de la gouvernance comme des « conditions d’élaboration de compromis autour desquels se fédèrent les stratégies des partenaires locaux ». Stocker, quant à lui, propose que la gouvernance « privilégie des mécanismes de gouvernement qui n’ont pas besoin, pour fonctionner, de l’autorité et des sanctions de la puissance publique ». Cette définition fait intervenir le rôle du gouvernement traditionnel et le pouvoir qui lui est attribué, soit de maintenir l’ordre public, d’écarter les menaces externes, de faciliter l’action collective tout en prévenant les conflits internes, en procurant des ressources et en définissant des politiques. Jouve va plus loin en précisant que la gouvernance est un «  processus par le biais duquel il y a rééquilibrage dans l’exercice du pouvoir urbain, a priori, au détriment des États et des institutions urbaines, et au profit des acteurs issus de la société civile». La Ville semble avoir perdu son pouvoir coercitif dans la prise de décision urbaine.

Bien que les dépenses locales représentent une large part du PIB, les gouvernements canadiens ne permettent pas aux municipalités d’accéder à des bases de taxation croissant avec l’économie telles que les taxes de vente et l’impôt sur le revenu. Les Villes, qui relèvent constitutionnellement du gouvernement provincial, ont acquis une autonomie faisant d’elles des administrations dépendantes des logiques foncières du marché. Puisque responsable de leur propre financement, elles doivent subsister en majeure partie des taxes foncières et de la vente de bien et de service au coût : la recherche de rentabilité du capitalisme immobilier devient une finalité indispensable. Le gouvernement provincial, dans sa mission de redistribution des richesses, peut allouer des ressources aux municipalités pour des logements sociaux; le filet social des villes canadiennes dépend du bon vouloir de leur province.

La perte de pourvoir de l’état sur la société urbaine peut être perçue de deux façons : l’approche optimiste des libéraux y voit une émancipation des Villes par rapport au patronage de l’État, la vision plutôt pessimiste des socialistes perçoit une érosion de l’État-providence et son remplacement par le néolibéralisme. Cette veille affaiblie de l’État sur le bien-être collectif se fait ressentir lorsque des projets de construction ambitieux viennent modifier le paysage urbain d’un quartier par l’éminence de leur caractère et de leur pérennité.

Les grands projets urbains

L’économie portuaire et manufacturière faisant place à celle des finances, des industries créatives et du tourisme, de nouveaux terrains vacants ou sous-utilisés viennent créer des réserves foncières dans le paysage urbain. Ces terrains en friche offrent une possibilité unique de construire de nouveaux projets de grande ampleur près des transits, dans la zone compacte du centre.  Le destin de ces terrains est souvent déterminé par l’économie de marché et se manifeste par l’émergence de projets immobiliers à fonction mixte, générateurs de densité, d’activités économiques et de revenus fonciers. Selon Fainstein, les formes de construction qui génèrent les plus gros profits, et par conséquent seront privilégiées par les municipalités comme par les promoteurs, se résument à des résidences et hôtels de luxe, des tours de bureaux avec une large emprise au sol et des centres d’achats. Si la densité est requise pour justifier les investissements, il faut savoir évaluer les conséquences négatives et positives que peuvent avoir de tels projets sur la qualité de vie des résidents : congestion due à l’achalandage, bruit, impact visuel, stress sur l’environnement, l’accessibilité aux logements; à l’opposé, un accès au public, la création d’emploi, la mixité sociale, la proximité du centre et des transits.

Les grands projets urbains présentent une ressemblance marquante dans leurs caractéristiques. On retrouve une  similarité dans les formes et les fonctions : mixité d’habitation, d’affaires et de commerces, gros gabarits, formes de tours et de barres. Les modèles se reproduisent d’une place à l’autre, avec peu de variances, sans tenir compte du contexte. Ils ne diffèrent que dans la façon dont ils sont gouvernés. De manière générale, un partenariat public/privé naitra de la nécessité d’obtention d’une grande quantité de ressources. L’aspect patrimonial et central du site va faire apparaître des acteurs issus de la communauté. Un mécanisme de gouvernance s’en suit, où la Ville, un acteur comme les autres, doit aussi tirer son épingle du jeu.

La gouvernance change selon l’acteur qui a amorcé le projet, la façon dont il est géré, le niveau d’engagement de l’institution publique et le degré de participation démocratique du citoyen. Ces projets, qui s’inscrivent dans une temporalité parallèle à celle de la vie quotidienne et politique, se développent sous un contrôle du gouvernement variant, plus présent en Europe, plus discret aux États-Unis. À Londres, par exemple, le gouvernement central suit de près le développement de sa capitale; le maire possède peu de latitude, et le bénéfice social est évalué comme un coût des affaires. La revalorisation peut être aussi freinée par les inquiétudes des collectivités locales, entre autres concernées par la multiplicité des acteurs en jeu.

La participation citoyenne à Montréal : de l’innovation à l’immobilisme

Le processus décisionnel doit coordonner un grand nombre d’acteurs et d’activités tout en évitant les délais de décision inutiles et les risques d’incohérences. À cette complexité s’ajoute la participation citoyenne, comme instrument de planification, dont l’ingénierie en démontre les portées et les limites. À Montréal, depuis les années 60, la mise en place d’un fonctionnement institutionnel formalisé pour légitimer la participation démocratique a connu une évolution intermittente au fil des administrations municipales.

Les premières tentatives de démocratisation de la gestion municipale, après les luttes et les affrontements menés par la population sous le régime Drapeau, font surface avec la montée au pouvoir du maire Jean Doré en 1986. Tout d’abord avec la mise en place d’une politique de consultation publique sous l’appellation de Bureau de Consultation de Montréal (BCM), qui remet en cause la gestion bureaucratique, l’imputabilité des fonctionnaires et la transparence des élus locaux. Ensuite survient le premier plan d’urbanisme de Montréal, un exemple de planification négociée, où l’on y voit une volonté de décentralisation du pouvoir. L’arrivée au pouvoir du parti vision Montréal en 1994 déconstruit la politique de cadre de consultation de l’administration précédente, donnant raison aux forces néolibérales qui déplorent la proéminence de la discussion au détriment de l’action (Riel-Salvatore, 2006).

Gerald Tremblay et son parti Union Montréal, élu en 2001, met en place un nouveau cadre du débat public qui s’inscrit dans la lignée du BCM: la création en 2002 de l’Office de Consultation Publique de Montréal (OCPM), une forme avancée d’institutionnalisation de la participation citoyenne (Gariépy et Gauthier, 2009). Cet organisme indépendant, dont les membres ne sont ni des élus ni des employés municipaux, a pour mission de réaliser des mandats de consultation publique en urbanisme et en aménagement du territoire. Il joue un rôle de tiers neutre entre la population, les promoteurs et la Ville, et agit comme interprète des problèmes urbains.

L’évolution de la démocratie urbaine est paradoxale (Casteigts, 2003). D’un côté,  il y a un désintérêt soutenu des citoyens par rapport aux affaires municipales, en l’occurrence le faible taux de participation aux dernières élections à Montréal nonobstant le fait que la campagne électorale était fortement médiatisée et que des enjeux démocratiques majeurs étaient impliqués. D’un autre côté, l’intérêt pour les enjeux collectifs concrets, tels les grands projets urbains, n’a jamais été aussi fort, comme le démontre la forte participation aux débats publics, les mouvements associatifs, la mobilisation citoyenne, etc. Il y a donc un élan vers une démocratie participative : les citoyens, non contents de leur rôle d’observateur, veulent être impliqués directement dans les décisions qui les concernent, au lieu de laisser cette tâche aux mains des élus dont la représentativité est somme toute faussée.

Le pouvoir participatif de la population peut intervenir à toutes les étapes d’un projet; au lancement, à mi-chemin, à l’évaluation finale, par force d’accélération ou de blocage. L’expérience de la participation du public à la revalorisation du site portuaire de Montréal passe de l’innovation, avec l’aménagement du Vieux-Port en espace public, à l’inaction, avec le blocage du projet du Casino sur le site du bassin Peel. Ces deux exemples de transformation de terres fédérales illustrent bien l’impact de la force des citoyens sur la décision collective.

Le Vieux-Port de Montréal, friche porto-industrielle réaménagée en un espace entièrement dédié au public et aux activités récréatives et touristiques, a fait preuve d’une initiative sans précédent. Le fédéral a utilisé la population par l’officialisation d’une consultation publique en 1985, dans le but de se sortir d’un conflit l’opposant aux deux autres paliers du gouvernement: le provincial et le municipal. Cette consultation a mené vers la décision de remettre cet espace aux citoyens plutôt que de suivre la tendance des villes américaines de ce temps et de faire de la densité. Malgré la longue planification de 20 ans qui a connu son lot de tension et de négociation, la finalité, qui respecte la volonté de la population de conserver un site patrimonial qu’elle juge exemplaire, représente la force de la participation des citoyens aux décisions publiques.

La consultation publique peut aussi devenir un facteur de stagnation lorsqu’elle est appropriée par les groupes d’opposition, qui par leurs opinions contradictoires, prolongent le temps de discussion indéfiniment (Paré, 2008). Le cas de l’échec du projet du Casino, un centre de divertissement d’envergure internationale qui fut planifié sur l’emplacement du bassin Peel par Loto Québec et son partenaire, le Cirque du Soleil, est un exemple éminent du pouvoir de blocage des citoyens. Une vive réaction du milieu communautaire a mis un terme au projet en 2006, créant un véritable séisme dans le milieu des affaires. Il semblerait que l’adhésion des citoyens soit nécessaire dans l’avancement des projets. Plus encore, selon la DDÉU[1], l’accessibilité sociale serait un facteur de réussite d’un projet, au même titre que le financement et l’expertise (Savard, 2013). Le projet des bassins du havre sera donc le premier à rompre l’immobilisme qui a figé Montréal depuis le début des années 2000.

[1] DDEU: Direction du développement économique et urbain de la Ville de Montréal.

Conclusion

L’aménagement du site de l’ancien tri postal illustre bien un type de gouvernance urbaine dans sa définition recomposée : il rend compte de l’élaboration de compromis entre les acteurs locaux impliqués, démontre l’inaction du gouvernement fédéral dans l’action politique locale et le rôle de guide vers l’avancement du projet du gouvernement municipal, exprime le rééquilibrage du pouvoir vers la société civile par l’officialisation de la consultation publique, et réaffirme la dépendance des villes au capitalisme immobilier par la forte présence de constructions lucratives. Les bassins du havre, premier projet sorti de l’immobilisme qui a frappé Montréal et le quartier Griffintown dans la dernière décennie et point de départ de la transformation future des terrains fédéraux localisés dans le secteur du havre, se sont démarqués par le succès de l’utilisation du cadre participatif instauré par l’administration Tremblay. Propriété fédérale à l’origine, il s’en est fallu de peu pour que le site tombe entre les mains d’un promoteur privé et subisse un sort semblable au projet limitrophe, le District Griffin: construction à la densité sauvage et aux fonctions commerciales et résidentielles de luxe uniques. Par un heureux dénouement, la société immobilière du Canada a pu s’approprier le terrain et rester fidèle à sa réputation, en respectant la volonté des groupes communautaires du quartier et évitant ainsi des luttes et des mobilisations citoyennes qui auraient pu mener à des retards ou à un second blocage.

La collaboration entre le promoteur et les différentes instances publiques, privées et communautaires pousse vers un compromis qui fait transparaitre les intérêts de chacune des parties prenantes dans le plan d’aménagement. Les formes du bâti reflètent ces ententes, avec des tours d’habitation génératrices de profits et de revenus fonciers pour les promoteurs et la Ville, une emprise publique permettant de lier le site à son quartier et de garantir un accès collectif au patrimoine du canal Lachine. Les bassins sortis de terre participent au cadre de vie et à l’écologie urbaine comme avait proposé le plan d’aménagement de la Ville en 2006. Des logements sociaux près des transits et un pôle emploi, source d’économie locale diversifiée, honorent la proposition mise de l’avant par les groupes communautaires en 2004. Malgré l’avantage des collaborations horizontales, le besoin d’efficacité et la nécessité d’impliquer les parties prenantes dans une juste mesure pour la conception d’un projet collectif, un capitaine doit être responsable de la gouvernance du navire; cet acteur neutre qui voit tout, sans parti pris, et qui veille à estomper le fossé entre les dominants et les dominés de la société civile pour permettre un accès équitable au sol urbain. Car tous profiteront d’un projet exemplaire, révélateur d’identités sociales et de qualités architecturales, élevé par une originalité et un respect des usagers qui le démarqueront de la tendance de masse que suivent les grands projets urbains.

Entre discours et causerie : un dialogue s’impose dans l’aide au développement

Le premier chapitre du livre Small change paru en 2004, intitulé « Street work and dev-talk : who controls the truth? », entreprend de faire une mise en scène exhaustive du milieu où l’aide au développement international se produit. L’auteur, Nabeel Hamdi, architecte enseignant à Oxford et figure importante dans le domaine de la participation active en planification urbaine, nous guide à travers les espaces urbains surpeuplés et improvisés qui offrent un fort contraste avec le laboratoire stérile où germent les idées. Il débute avec un portrait onusien typiquement alarmiste d’une ville du Sud pour ensuite nous emmener à travers ses rues grouillantes, pour suivre les travailleurs dans leurs tâches quotidiennes jusqu’à pénétrer dans leur espace de vie, et finalement grimper sur le toit d’un immeuble populaire pour y voir émerger un établissement informel. De là, on s’élève encore pour observer la nation dans son rapport économique au monde, principalement avec les pays riches qui la soutiennent financièrement. Mais au bénéfice de qui et avec quelles conséquences humaines et environnementales ? On remonte l’échelle jusque dans la sphère de l’abstrait, où les chercheurs s’évertuent à contempler des questions sans réponses tandis que leurs homologues du privé se contraignent à trouver des solutions à des problèmes qui n’existent pas. À travers ce parcours, les vieux paradigmes font place aux nouveaux : plus tôt, la population devait suivre les plans, maintenant on s’accorde sur la valeur d’un rapport d’ « interdépendance, et non de dépendance ».

À travers son texte, l’auteur fait ressortir des arguments éloquents. D’abord, les subventions accordées aux pays pauvres seraient un outil de croissance économique pour les pays riches, car, en plus de renflouer leurs dettes par les taxes et intérêts perçus, elles ont pour effet de réduire les prix de la matière brute sur le marché mondial. L’exportation n’est donc pas une activité rentable pour les pays pauvres : 40% de la population planétaire ne reçoivent que 3% des revenus du commerce mondial. L’auteur ajoute que l’aide au développement, encouragé par le nombre astronomique d’organismes internationaux, a pour objectif réel de maintenir l’écart entre les riches et les pauvres, et non de le diminuer, pour conserver la structure sociale qui est basée sur cette différenciation. L’argument économique empiète même sur la neutralité des académiciens, qui doivent souvent adopter la vision de leur bailleur de fonds. La vérité fait place à l’opportunité : « When there is innovation, it is driven by management not ideology ». Les praticiens de l’urbain travaillent quant à eux dans une situation où plusieurs intérêts se disputent et doivent adopter un « répertoire de défenses » pour faire face aux attaques, qui déverse souvent dans la l’abstraction et la confusion.

En somme, le texte est une synthèse informative sur les acteurs impliqués par les interventions urbaines en pays émergents et leurs motivations propres. Reflétant sa position en pratique du développement urbain, Hamdi débute et termine son exposé par le bas, le terrain où « l’intelligence des villes réside » et qui contient à la fois les questions et les réponses. Cette structure narrative nous permet de saisir le décalage qui existe entre le discours des ONG et les transactions quotidiennes du milieu touché. L’auteur laisse entendre que l’organisation humaine dans les villes émergentes est un exemple d’inventivité et de méthode entrepreneuriale. En observant les travailleurs de rue et les résidents des bidonvilles, on est en mesure de poser les vraies questions : qu’est-ce qui appartient à qui, qui gère quoi, lequel pourrait devenir partenaire de qui? C’est en interrogeant l’organisation informelle au cœur de la structure urbaine que nous pourrions alors donner à la population des villes en développement ce dont elle a vraiment besoin.

La Miniatura: the story of a house

The 1920s represented a change in direction for Frank Lloyd Wright’s residential architecture. It started in Los Angeles, with the Millard House (1923), also called La Miniatura, the first to experiment new ways of using concrete for construction.  A method that was meant to eliminate finish and decoration and reveal the material of which the house was made. Known as the textile block, it consists of thin patterned concrete blocks cast in moulds and assembled in a weaving manner. The experiment was repeated three more times only, with the Storer, Ennis and Freeman houses, all designed the same year and in the Los Angeles area. This innovative technique got transformed gradually to reach the efficiency aimed for, by combining utilities with structure and simplifying the construction labour. The so-called Usonian house occupied Wright’s time in the 1930s onwards. While the first phase of Wright’s block architecture is more romantic and artistic in character, probably inspired by the Art Deco style of the time, the later phase shows a more down-to-earth image, reflecting the economic realities of the Great Depression.

This article will analyse the house under various aspects. Its name, La Miniatura, with its double signification (it is also a manuscript illumination in Spanish), tells us two things about the house: its contained space and the type of person living in it. Then, in accordance with Wright’s architectural believes that the house is an interpretation of nature, the material and texture resemble the primitive earth dwelling of southern America:the cheap, efficient and inexhaustible earth, industrialised under the unattractive image of reinforced concrete, is given a new face. The last aspect is the context: the 1920s, with the emergence of international style in Europe, influenced by Le Corbusier’s ideology of a house being a machine to live in, and the apparition of Art Deco style which celebrates the new industrial technology.

The beginning

The client is Alice Millard, a widowed woman living alone and running a rare book and antique business. It’s her second residence designed by Wright: the first was in 1906, a wood and stucco prairie style. The house was meant to be small, inexpensive and personal, combining both work and living. The client was daring enough to let Wright test his new concept.

The house is located in Pasadena, a suburban area of California, under a hot and dry climate.Wright suggested a site less expensive but more interesting than the one previously chosen by the client. The new site was crossed by a ravine at the back, in which the house is partly built Thus, from the street, we enter the house on the second level at the back of the lot. The main living area is overlooking the ravine and the pond below. The house is oriented so the eastern sunlight enters the bedrooms and the studio in the morning and the living-dining side receives the afternoon rays. Therefore the setting sun can be fully enjoyed at dinner time. The dining room opens up onto a terrace at the lower level to accommodate big ceremonies. The public/ private polarities of the house are separated by the stair and fireplace core, well known in Wright’s earlier designs. The owner’s bedroom is located a floor above with a balcony overlooking the living room. It is accessed from an exterior bridge leading to the garage roof top.

miniatura plan

The design follows the modular system imposed by the 16 inches square concrete blocks. The rectangular grid was the initial modular system used by Wright, later supplanted by various equilateral polygons and circular segments. The method of construction consisted of laying the concrete blocks next to and on top of one other, fortified with steel rods in their joints so no mortar line was visible. The mullions are divided according to a 16 inches grid, to follow the unit system of the block. The cross shape perforation is of the same dimension as the window mullions below, creating a play between negative and positive matter. The floor is made of wood beams and joists with a hardwood finish.

Development of a cubic shape

The Californian block houses, like the majority of their Prairie predecessors, are multilevel structures. La Miniatura can be compared with other Wright’s residential works, like the 1905 Hardy house and its cousin, the Storer house. The material plays an important role in the final aspect of the house. This is why it should be already considered in the preliminary phase of the design. Wood constructions are appropriate for sloping, overhanging roofs, like the ones of northern dwellings protecting people from rain and snow. Concrete is massive, opaque and compact, and suits well a dry and hot climate.

The contained plan is still broad enough in possibilities to have generated different designs. For instance, the next illustrations compare four plans from four different periods.  To the traditional American house of the 19th century which respects the classical rigidity of the four quadrant division, with a centralised entrance, Wright added some freedom in the plan by shifting the entrance and porch on the side of the house. The core combines stair, corridor, and fireplace, and crosses the house on its length, allowing an uninterrupted window facade for the living room. Le Corbusier was altering the plan vertically: the main rooms are lifted above ground, which leaves the house footprint free for a court and entrance/ access.  With the post-modernism of Mario Botta, it is the whole volume of the cube that is modelled: the house is no longer made by stacking floors.

typical american house plan
In the typical American house (1845), the entrance and porch are at the centre of the facade, while the stair/ hall/ circulation core is cutting the house perpendicular to the front facade. The fireplaces separate the rooms on each side.

 

wright square plan 1907
In Wright’s square plan, like the Hunt house (1907), the entry/ hall and courtyard are placed on the side of the house, while the stair/ circulation/ fireplace core cuts parallel to the front facade.
mario botta bianchi house
In Mario Botta’s Bianchi house (1972), the entrance is on the top floor with the main living space below. The staircase is placed centrally and interior courtyards occupy the two opposite corners.
maison cook 1926
With Maison Cook (1926), Le Corbusier uses concrete, a cubic form and a flat roof similar to La Miniatura. While most of Le Corbusier’s houses appear to be carefully placed on the ground, La Miniatura emerges from the site. The location of the main living space on the upper level is a consideration shared by both architects.

La Miniatura and Le Corbusier

An interesting comparison can be made between La Miniature and the work of Le Corbusier that was performed at the same time in Europe. Wright’s house was somehow influenced by the modernist ideas of the time. The five points of Le Corbusier were proposed as guidelines to design a functional house:

  1. The building is to be raised above the ground to allow additional space below and provide an uninterrupted view to the living floor above. It eliminates the dark and damp inconvenient basement.
  2. The use of a flat roof to create a garden, an outdoor area that has privacy, panoramic views, refreshing breeze and plenty of sun.
  3. Leave the floors open to accommodate the free plan. Every floor can be subdivided with non-structural walls independent of those on the other floors.
  4. An unobstructed free façade can be covered with glass for maximum light and ventilation.
  5. Use of long horizontal windows for abundant illumination.

La Miniatura is in accordance with the first two points only. The main living space is raised above the ground to offer an uninterrupted view over the ravine. The flat roof makes its apparition, which certainly suits well the hot climate of California and contrasts with the sweeping roof of the prairie houses. The similitude stop there, as the plan is fixed between massive walls and the openings cut the walls vertically.

The concrete controversy

Architects usually consider concrete as cold and dull and are reluctant to use it for housing. While Le Corbusier and his modernist companions used it in its pure form without any reserve, boldly exposing its austere image, Wright looked for another alternative that would restore dignity and aesthetic to the house.

Concrete is a material that possesses many advantages. It is cheap, fireproof, and has plastic qualities: it can be shaped, pre-cast, reinforced with steel, or pre-stressed (reinforced under compression). The use of earth material is the most ancient way of building shelters. Its resources are inexhaustible and its use doesn’t affect the topography of the land. Moreover, it requires little energy since it is not heated and necessitates little industrial transformation. The proportion of clay in the mixture must be kept as low as 20% to avoid shrinkage and instability when drying. In the case of brick and terra-cotta, only fire can stabilise the too great proportion of clay it contains, that would otherwise liquefy by absorbing the missing water. Whether it is cast on site into wooden mould or pre-cast in forms of block or panels, the conventional way of using concrete didn’t please to Wright. First, its consistency offers no modular orders since it is not standardised like bricks or wood. Then, the overall pattern lacks rhythm, and no unit can be used to construct the grid that eliminates dimensions and serves to shape the design. In Wright’s own words:

What about the concrete block? It was the cheapest and ugliest thing in the building world. It lived mostly in the architectural gutter as an imitation of rock-faced stone. Why not see what could be done with that gutter rat? Steel rods cast inside the joints of the blocks themselves and the whole brought into some broad, practical scheme of general treatment, why would it not be fit for a new phase of our modern architecture? It might be permanent, noble, beautiful.

The solution

The apparition of the Art Nouveau style and the influence of modern procedures of construction on artistic forms have been one of the themes debated during the 6th International congress of architects held in 1904 in Madrid. The following resolutions were adopted as a mean to develop an architecture that visually celebrates the construction process:

  • Decoration must celebrate a building’s materials and structure.
  • To be beautiful, these forms must be in harmony with the qualities of the material.
  • Of all the modern means of construction, reinforced concrete is one of those that unites the most constructive conditions that respond the most to the greatest number of uses. But we have yet found the artistic form corresponding to the use of this method of construction.
  • A good and beautiful architecture can be obtained only to the extent that, given a particular material, the artistic form is a consequence of the properties of this material, adopted for the end for which this material has been used.
  • To obtain a new style, there must be a new generating principle of construction and a new application of this principle.
  • Reasoning and feeling in architecture are perfectly compatible. Every artistic form must be logical.

To give a handcrafted quality to a modern means of construction, Wright came with this idea:

Refine the concrete block and knit it together with steel in the joints and construct the joints so they could be poured full of concrete after they were set up. The walls would thus become thin but solid reinforced slabs and yield to any desire imaginable. We would make the walls double, of course, one wall facing inside and the other wall facing outside, thus getting continual hollow spaces between, so the house would be cool in summer, warm in winter and dry always.

The principle of the textile block

The blocks consist of concrete rammed into wood or metal moulds, having an outside face that can be patterned and an inside face usually coffered for lightness. But the textile block method was not flawless. This enveloping membrane acts as a piece of cloth under which are hidden the structural members required to stabilised the thin mosaic-like walls, such as concrete beams and column sections. The Freeman house offers an innovation to the basic principle. The textile blocks run into open glass corners that seem to emerge directly from the joints between the blocks. The extension of the semi-solid membrane into largely glazed surfaces is a continuous flowing of two contrasting materials without any formal transition. This shows a total separation of the inner cantilevered concrete armature from the outer membrane, which can create dramatic articulation of structural and superficial form.

concrete block construction
The Millard House under construction and a drawing of the Freeman House (1923) in L.A.

Later, in 1929, on the Lloyd-Jones house, larger blocks are laid up as piers to save labour time. An alternating pattern of solid and void was achieved. The space inside the concrete block columns could be used for ventilation and other services. The lack of built-in ducts in the textile block may have contributed to its abandonment since Wright was more preoccupied with the tectonic integration of services than any other architect of his generation. Listed as additional technical information, here are the basic steps to make your own textile block house, taken from Frank Lloyd Wright’s own book “The natural house”:

  1. Vertical reinforcing bars are set on unit intervals in slab or in footing which is to receive the block wall construction.
  2. The blocks are set between these rods so that one vertical rod falls into the cylindrical groove of each two blocks.
  3. Grout, formed of one part cement and two parts sand, is then poured into the vertical groove at joints, running into the horizontal groove at joints locking all into a solid mass. Thus, there is no visible mortar line as with brick or stone.
  4. Horizontal rods are laid in horizontal grooves as the courses are laid up.
  5. If double walls are planned,galvanised u-shaped wall tie rods are set at each joint to anchor outer and inner block walls to each other.
  6. Special monolithic corner blocks are used.
  7. Blocks can be made with patterned holes into which glass is set. About 9 various types of block are needed to complete the house.

The economy and comfort that concrete can procure are developed later with the Usonian (or organic) house. The thermal mass of masonry and heavy floors and roof prevent the structure and the occupants from suffering extremes of temperature. By warming massive materials such as concrete floor and block walls, gravity heat prevents the occupants of the space from losing body heat by radiation. The body stays warm at a lower temperature and it is even possible to open the windows in winter to refresh the house without losing the heat stored by the heavy elements of the structure.

ennis house construction
Ennis House (1923) construction details
usonian house construction
The Usonian house construction principle, similar to the original textile-block, except for the unit dimensions of 1’ x 2’.

When machine meets art

With its reference to traditional architecture, the Millard House makes a ceremonial version of modernism. Architecture is a form of art and therefore should express something in relation to its original function of a shelter, and not just be a machine to live in. Frank Lloyd Wright had a poetic vision of the industrial process, where his European counterparts praised its practical virtues.

The machine, by its wonderful cutting, shaping, smoothing and repetitive capacity, has made it possible to use it without waste that the poor, as well as rich, may enjoy today beautiful surface treatments of clean, strong forms that the branch veneers of Chippendale only hinted at with extravagance, and which the middle ages utterly ignored.

The Art Deco style also associates industry and art by exploring all the creative possibilities that can be done by simple repetition and combination of geometrical forms.

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(a) Millard house, (b) Storer house, (c) Ennis house, (d) Freeman house. The main block design used in the four Californian textile houses, all expressing the Art Deco graphic of interconnecting geometric forms, playing with embosses and perforations, from the simple cross shape of the first houses to the elaborate designs of the last ones.
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Various possibilities of combinations of a basic pattern.
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Examples of North African traditional earth architecture that could have inspired the Millard house. The first building has its cob made (hard dried concrete) load bearing walls pierced with crosses and circles to allow light and air inside. The second image shows an interior space with heavy earth walls and wood beam ceiling with daylight filtering through.

A new beginning

With the textile block, Wright was able to make the house appears as if it was a crystalline structure growing out of the earth, with the texture of a three, surrounded by a jungle-like vegetation. The image of a Mayan temple together with the pueblo dwellings comes to mind when looking at it. A space that is enclosed inside solid walls offer some advantages over a “glass house”. It allows the architect to play with the light entering the house, by varying the size and shape of the openings, which gives a new perception of light and space, different than the one known in nature. The house also procures a sentiment of security, as defined by poet Gaston Bachelard (in The Poetics of Space, 1958):

House procures a feeling of cosy shelter, conveyed through certain spatial configurations such as miniatures, nests, corners, and the movement from cellar to attic, as well as the dialectical counterpart of cosiness, which is the sentiment of expensive freedom.

The protective feeling of a restrained environment enclosed within opaque walls is suitable for an individual living alone like Miss Millard. An access to a roof top procures a freedom bordered with physical and visual privacy. For a familial environment, better look for a spread living space with extended boundaries opening directly outside. An elevated house fits well a sloping land. Besides giving a perspective of the surrounding landscape otherwise unknown to the occupant, it procures him a sentiment of stability and control.  The same house standing alone on a flat land would look and feel awkward.

The Millard house is a good example of an architectonic achievement when engineering meets art, where the method of construction has decorative quality integrated and the form responds both to the environment and the client’s personality.